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Le temps ne s'arrête pas

Mis à jour : janv. 9

Interview de Rachel Trèves


Comment tes patientes affrontent-elles cette attente prolongée par le COVID-19 alors que le temps est compté pour celles qui ont du mal à concevoir un bébé ?


Si je dois te répondre spécifiquement à propos des patients que je reçois en parcours de PMA et de l’impact de l’épidémie dans leur parcours, je te dirais qu’effectivement ce deuxième confinement n’a pas le même impact que le premier car d’un point de vue pratique la plupart des centre de PMA n’ont pas fermé leurs portes, cette fois-ci .

Après il est certain que le temps « perdu » lors du premier confinement qui a parfois conduit à décaler de 6 mois leur tentative de FIV sera à jamais perdu…

Cependant, la réouverture des centres et la reprise d’un lien avec leur médecin les a remis dans le parcours et a permis aujourd’hui qu’elles le poursuivent normalement.

Bien sûr, la menace de fermeture plane parfois au-dessus de leurs têtes mais je trouve que ce qui leur fait peur maintenant, c’est aussi la peur d’attraper le COVID et que cela repousse encore une fois leur tentative. Elles nous parlent aussi de la peur d’un réel reconfinement total.

Mais le plus dur à vivre est sans doute dans leur quotidien plus que dans leur parcours PMA. Car le télétravail, l’absence de lien avec leur entourage, l’absence de possibilité de partir voyager entre deux tentatives est aussi un enfermement assez difficile lorsque l’on a été en plus enfermée dans ce parcours pendant plusieurs mois...


Y- a-t il plus de stress du temps qui passe ?


C’est un temps qui est passé et qu’on ne peut re-gagner, ni racheter.

Mais c’est une problématique dans ce parcours là qui fait écho à l’horloge biologique qui est souvent le pire ennemi de la femme. Les médecins n’ont de cesse de leur répéter : dépêchez-vous !

Et ce sentiment d’être si jeune, 38 ans ! Mais sa fertilité si vieille ...!

Donc oui le temps qui passe est plus angoissant surtout quand on n’a plus aucun pouvoir dessus.


Quels conseils leur donnes-tu pour vivre dans le présent, sans être prisonnier de son passé ?


Je ne donne jamais de conseil, car chacun vit très différent son rapport au temps et au confinement.

Et puis c’est intéressant aussi de penser que le confinement n’est pas qu’une punition !


1) Déjà parce que cela a permis de sauver des vies et de ne pas tomber soi-même malade

2) Mais que cela a permis à chacun de faire quelque chose de ce temps. Ex: trouver un nouveau job / déménager d'une ville à l'autre/ quitter son conjoint / apprendre une langue étrangère / renouer un dialogue quotidien avec ses parents / et en parcours de PMA il m’est arrivé d’entendre des patients me dire: "ouf je vais enfin avoir droit à une pause dans mon traitement, là, ça fait deux ans que j’enchaîne les FIV non-stop !"


Donc le temps ne s’est pas arrêté, il s’est écoulé. Faire prendre conscience qu’il s’est passé des choses pour chacun à plein de niveaux différents est essentiel.

J’ajouterai aussi que passer d’un statut passif « je subis la situation » à « je vais en faire quelque chose » est salvateur.


Ensuite, en tant que thérapeute, on doit aussi voir avec notre patient tout ce que cela lui renvoie, la peur de la maladie, la solitude, et ce travail est d'une grande richesse.


A propos de Rachel Trèves

Rachel Trèves est psychologue clinicienne.

Diplômée d’un Master 2 de Psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université Paris-Diderot et d’un Doctorat de l’Université de Columbia - New York.

En 2009, elle fait un master recherche " psychanalyse et médecine" à l'université Paris-Diderot et un mémoire sur " la préservation de la fertilité chez les jeunes femmes atteintes de cancer".

Elle a exercé plusieurs années dans le service de gynécologie-obstétrique et de médecine de la reproduction du Pr. Benachi ( ancien service du Pr. Frydman) à l’hôpital Antoine Béclère et au CECOS (Centre d’Etudes et de Conservation des Œufs et du Sperme) de l’Hôpital Cochin (APHP).Puis comme psychologue à la clinique Pierre Cherest au sein du service de procréation médicalement assistée.

Rachel a aussi une activité libérale et est Co-organisatrice du Diplôme Universitaire « le psychisme face à la naissance » Université Paris V.

Elle a fait plusieurs émissions TV ( les maternelles) et a publié dans différentes revues médicales.

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