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Il ne faut jamais vouloir tout contrôler!



Interview d'Aude de THUIN




Pourquoi avoir créé sans cesse des entreprises en prenant tous les risques?


J’ai créé des entreprises pour 2 raisons majeures : la 1ère était liée aux complexes qui étaient les miens, ceux de n’avoir pas fait d’études, et donc, je pensais que j’étais « nulle » et incapable de travailler dans une boite normale. La seconde raison est qu’ayant quand même travaillé, mais seulement 2 fois dans ma vie pour des sociétés autres que les miennes, j’ai été déçue ou choquée : déçue en ayant observée que je n’étais jamais écoutée lorsque j’émettais un avis, que je posais des questions sur la façon de fonctionner ; en fait, et ceci est dans doute liée à ma personnalité (mais je ne suis pas la seule dans ce cas), je voulais donner mon avis, et me mêler de ce qui ne me regardait pas. Je pensais que j’avais raison dans ma vision des choses et donc ça ne pouvait pas fonctionner.

La seconde raison est que j’ai subi quelque chose de violent dans une de ces sociétés, ou j’ai entendu dire que j’étais là parce que « j’étais la maitresse du président ». J’ai été stupéfaite d’entendre cela et j’ai compris que je n’avais et n’aurai pas de place dans des entreprises autres que celles que j’allais créer. Je rajoute une raison majeure aussi, c’est que j’ai créé des sociétés toujours en lien avec ce que j’observais ; les idées que j’avais correspondaient à des mouvements sociologiques et pouvaient donc être l’objet d’une entreprise (ça a été le cas pour l’Art du Jardin, Créations et Savoir-Faire sur le phénomène des loisirs créatifs, Osons la France, le Women’s Forum, et maintenant Women in Africa).

Je me dois de rajouter que cela relevait aussi d’une part inconsciente de ma personnalité, qui est de lancer quelque chose, par instinct, et de réfléchir après… sans doute cela correspond-il à ce côté un peu casse-cou inhérent à la personnalité fondamentale d’un entrepreneur.



Comment as tu réussi à bousculer les obstacles et éviter le regard, le jugement des autres?


J’ai heureusement bousculé beaucoup d’obstacles, et malheureusement jamais pu ni su éviter les regards négatifs ni les jugements des autres. Toute ma vie, comme j’ai créé des entreprises qui étaient « visibles », j’ai attiré beaucoup de critiques que j’ai dû gérer en passant ma vie en thérapie. Plutôt que d’arrêter ce que je faisais, j’ai fait le choix de « gérer » ma personnalité en travaillant avec des thérapeutes, que je payais pour accepter qui j’étais…J’ai vécu ce paradoxe d’aimer ce que je faisais, et qui heureusement satisfaisait beaucoup de monde, et d’avoir à bousculer des obstacles qui faisaient que les gens soit disant « normaux » c’est-à-dire, des personnes de ce que Jean-Pierre Jouyet appellent dans son dernier livre L’Envers du Décor, le « Petit Paris » critiquaient. Je n’ai jamais fait partie du système normal, car je ne le suis pas. Je ne me considère pas comme quelqu’un de normal au sens où j’ai toute ma vie professionnelle, fait ce que je pensais être des choses utiles et bien, car mon instinct profond me guidait à faire des choix atypiques, et qui se sont révélés utiles, et même plus que cela.

Je suis aujourd’hui, à 70 ans, presque (je ne peux pas encore dire totalement même si j’aimerais) apaisée ! et je me fous du regard que posent les gens sur moi, car dans le fond, et comme l’a dit le Pape François, il y a 3 ou 4 ans « Qui suis-je pour juger ? ».

J’ai, avec le recul, la fierté d’avoir fait ce que j’ai fait, et contrairement à ce que beaucoup disent, j’ai finalement créé peu d’entreprises, 5 au total, mais je les ai gardées longtemps chacune. Ce qui dans une longue vie de travail est assez normal, que ce soit en tant que salarié ou d’entrepreneur.


Comment ne pas essayer de tout contrôler ?


C’est une bonne question. J’ai presque toute ma vie professionnelle, voulu tout contrôler, et ceci est une erreur majeure. Il me faut dire aussi que j’ai aussi été ce que je considère un « mauvais manager », justement par ce désir que j’avais de tout contrôler. Je n’avais pas assez confiance dans les autres, et le travail analytique que j’ai fait m’a aidé à comprendre que c’était parce-que je n’avais pas confiance en moi-même. Il m’a fallu du temps pour le comprendre et cela est arrivé bien tard dans ma vie professionnelle. Ma recommandation est que, si l’on a conscience de cela, il faut se faire aider. Il ne faut jamais hésiter à faire appel à des spécialistes car il est impossible, à moins d’être surhumain, de tout savoir.


Comment Women In Africa aide-t il les femmes à gagner confiance?


Permettez-moi un proverbe africain qui dit beaucoup : « Les poules savent quand le jour se lève, mais elles laissent aux coqs le soin de l’annoncer ». Si ce proverbe reste vrai pour beaucoup, il faut savoir que les femmes africaines sont souvent incroyablement lucides sur leurs forces, et leur capacité à transgresser leurs vies. Elles savent le rôle qu’elles doivent jouer dans les économies et l’organisation de leur pays pour avoir un impact sur l’évolution des sociétés.

Mais cela ne concerne évidemment pas la majorité des femmes. Depuis bientôt 5 ans que j’ai lancé, à la demande de femmes africaines, « Women in Africa », j’observe que leur manque de confiance, leurs doutes, leurs peurs de créer ou de penser « plus grand », sont les mêmes que partout dans le monde. Les problèmes des femmes sont identiques pour la simple raison que depuis la nuit des temps, on les considère malheureusement comme des êtres inférieurs. Et celles qui ont la chance d’avoir des parents qui leur donnent confiance dès leur enfance sont des femmes étonnantes, comme partout ailleurs.

C’est pourquoi avec Women in Africa, nous leur donnons la parole, nous identifions tous les ans les meilleures entrepreneuses du continent, nous les connectons avec le monde entier, car il est urgent et majeur que le monde sache le rôle que ces femmes jouent dans la construction et l’avenir de leurs pays respectifs. Car il ne faut jamais oublier qu’il y a 54 pays, et que chacun a ses propres règles, sa propre culture (il suffit de regarder les différences entre l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Est et de l’Ouest, l’Afrique australe, l’Afrique du Sud…).


Notre rôle, comme celui que nous avions avec le Women’s Forum, est de montrer que les femmes ont le même cerveau que les hommes, et que tant que nous nous passerons de la moitié de l’humanité, ce monde ne tournera pas rond.


A propos d'Aude de Thuin



Cheffe d'entreprise, Fondatrice du Women's Forum, d'Osons la France, de l'Art au Jardin et de Women in Africa Founder & Chair of the Board https://wia-initiative.com


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